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samedi 20 août 2016

LE PETIT PONT DE PIERRE...!

 

Le petit pont de Pierre


Je suis
Le seul passage
Fait de pierres vieilles et hors d'âge
Pour traverser seul sans ambages
Le ru

Un jour
Tout seul sans arme sans bagage
De tout bord de tous âges
Vous franchirez
Mes berges

Je suis le petit pont de Pierre
Enjambant la rivière
Invisible ruisseau
Qui coule tout au fond
D'un immense canyon

Je suis l'allégorie
Où tout passe tout finit
Vous y serez, un jour, amenés
A venir témoigner
Le bilan d'une vie
Pour y être appelés
A tous participer
A l'un, des nombreux festins et banquets
Des esprits.


Jean Louis Ancelot

lundi 25 juillet 2016

LORSQUE L'ENFANT PARAIT...!

 

 

Titre : Lorsque l'enfant paraît

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les feuilles d'automne (1831).


Lorsque l'enfant paraît, le cercle de famille
Applaudit à grands cris.
Son doux regard qui brille
Fait briller tous les yeux,
Et les plus tristes fronts, les plus souillés peut-être,
Se dérident soudain à voir l'enfant paraître,
Innocent et joyeux.

Soit que juin ait verdi mon seuil, ou que novembre
Fasse autour d'un grand feu vacillant dans la chambre
Les chaises se toucher,
Quand l'enfant vient, la joie arrive et nous éclaire.
On rit, on se récrie, on l'appelle, et sa mère
Tremble à le voir marcher.

Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poètes, de l'âme
Qui s'élève en priant ;
L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie
Et les poètes saints ! la grave causerie
S'arrête en souriant.

La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux,
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux.

Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez ;
Mon âme est la forêt dont les sombres ramures
S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés !

Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies,
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor ;
Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange,
Tête sacrée ! enfant aux cheveux blonds ! bel ange
À l'auréole d'or !

Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche.
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche.
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor vous regardez le monde.
Double virginité ! corps où rien n'est immonde,
Âme où rien n'est impur !

Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vite apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers !

Seigneur ! préservez-moi, préservez ceux que j'aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur ! l'été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants !

Mai 1830.

Victor Hugo

dimanche 17 juillet 2016

ENCORE UN SOIR...!


Encore un soir



Une photo, une date
C'est à n'y pas croire
C'était pourtant hier, mentirait ma mémoire
Et ces visages d'enfants, et le mien dans ce miroir

Oh, c'est pas pour me plaindre, ça vous n'avez rien à craindre
La vie m'a tellement gâtée, j'ai plutôt du mal à l'éteindre
Ô mon Dieu, j'ai eu ma part
Et bien plus à tant d'égards

Mais quand on vit trop beau, trop fort, on en oublie le temps qui passe
Comme on perd un peu le nord au milieu de trop vastes espaces
À peine le temps de s'y faire, à peine on doit laisser la place
Ô si je pouvais

Encore un soir, encore une heure
Encore une larme de bonheur
Une faveur comme une fleur
Un souffle, une erreur
Un peu de nous, un rien de tout
Pour tout se dire encore ou bien se taire
Un regard, juste un report
À peine encore, même s'il est tard

Si j'aimais rien demandé, ça c'est pas la mer à boire
Allez, face à l'éternité, ça va même pas se voir
Ça resteras entre nous, ô juste un léger retard

Y'en a tant qui tuent le temps
Tant et tant qu'ils le perdent ou le passent
Tant qui se mentent inventant les rêves
En des instants de grâce
Ô je donne ma place au paradis
Si l’on m’oublie sur Terre
Encore hier

Encore un soir, encore une heure
Encore une larme de bonheur
Une faveur comme une fleur
Un souffle, une erreur
Un peu de nous, un rien de tout
Pour tout se dire encore ou bien se taire
Un regard, juste un report
À peine encore, je sais, il est tard

C’est pas grand-chose, rien qu’une pause
Que le temps, les horloges se reposent
Et caresser juste un baiser, un baiser

Encore un soir, encore une heure
Un peu de nous, un rien de tout
Un soir




Jean-Jacques Goldman